Au Moyen Âge existait-il des bouffones ?

Choses à Savoir - Culture générale



Dans l’imaginaire collectif, le bouffon de cour est presque toujours un homme. Pourtant, les archives montrent que des femmes occupaient aussi ce rôle, en particulier dans les cours princières et royales d’Europe. Elles étaient plus rares, mais pas exceptionnelles.Comme leurs homologues masculins, les bouffonnes pouvaient être :des artistes comiques,des musiciennes ou chanteuses,des conteuses,ou des personnes présentant une singularité physique ou mentale, ce qui correspond malheureusement aux normes de l’époque.Elles remplissaient les mêmes fonctions essentielles : divertir, désamorcer les tensions, parfois dire des vérités qu’aucun courtisan n’osait formuler.Le cas emblématique de Jane FooleLa plus célèbre d’entre elles est Jane Foole, active au début du XVIᵉ siècle en Angleterre. Elle servit successivement Henri VIII et surtout sa fille Marie Ire d’Angleterre, dite « Bloody Mary ».Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, Foole n’était pas forcément son nom de naissance, mais une désignation liée à sa fonction. Jane apparaît régulièrement dans les comptes royaux : elle recevait un salaire, des vêtements, parfois même des cadeaux, preuve qu’elle occupait une place reconnue à la cour.Les sources suggèrent qu’elle était probablement atteinte d’un handicap mental, ce qui, dans la logique cruelle de l’époque, faisait partie de sa “fonction”. Mais réduire Jane Foole à cela serait une erreur. Sa longévité à la cour — plusieurs décennies — indique qu’elle était appréciée, protégée et intégrée, notamment par Marie Tudor, qui semblait très attachée à elle.La présence de bouffonnes est d’autant plus intéressante qu’elles combinaient deux marginalités : être femme dans un monde politique dominé par les hommes, et être bouffon, donc hors des hiérarchies sociales classiques. Cela leur donnait parfois une liberté de parole encore plus singulière.Mais cette même marginalité explique aussi pourquoi elles ont été moins bien documentées. L’histoire officielle, écrite par des hommes, a largement ignoré ces figures jugées secondaires.Oui, il y eut des bouffonnes au Moyen Âge et à la Renaissance. Jane Foole en est la preuve la plus solide : une femme, salariée de la cour d’Angleterre, occupant un rôle central dans la vie quotidienne des souverains. Son histoire rappelle que le rire, la transgression et la parole libre n’étaient pas réservés aux hommes — même si la mémoire historique, elle, l’a longtemps fait croire. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.